A la manière de Diogène, philosophe cynique, regards sur la politique, l'université, la société.
Monsieur Dominique Galouzeau de Villepin (jésuites, IEP, ENA, CPE) vient d'être relaxé le jour de l'anniversaire de M. Sarkozy. Du jamais vu depuis la fondation de la Gaulle. Le coupable salue « le courage de la Justice ». L'aimable et clairvoyant porte-parole de M. Sarkozy note avec justesse : « Tous les coupables n'ont pas été condamnés ». L'excellent procureur Jean-Claude Marin (unique soutien de l'innocent Julien Dray et procureur des terroristes de Tarnac) est clair : « de manière un peu surprenante, le jugement ne condamne pas Dominique de Villepin ».
Le président, beau prince, ne fera pas appel mais le parquet le fera à sa place. Les principaux coupables n'ont pas été condamnés.
Le président avait raison. Il faut reformer la Justice en profondeur. Le système gaullo-communiste, issu de la Libération, a vécu. Les reformes entreprises par le président, grâce à l'aide de meilleurs socialistes, sont en bonne voie. Au niveau des procureurs la situation est presque satisfaisante. On ne donne plus d'instructions. Ils savent parfaitement ce qu'ils doivent faire. Mais au niveau des juges, la situation reste préoccupante. Trop de juges rouges. Certains sont habitués à juger suivant les faits. D'autres condamnent les yeux fermés nos élites. Pire encore. Des « jugements de droit » apparaissent comme provocation au Code Napoléon. Les coupables courent les rues. Et menacent la République, toujours fragile.
Enfin, on doit revoir le calendrier judiciaire. Le respect des anniversaires de la famille dirigeante est un impératif démocratique dans un pays avancé comme le nôtre. Sinon, à la Toussaint on risque de fêter la relaxe de Chirac.
* * *
Dans L’anniversaire de Harold Pinter, l’hypocrisie, les faux sentiments, l’absence de communication, la vulgarité, l’avidité, le conformisme, la violence sous le vernis de la sérénité sont mis en lumière à travers des couples dominant/dominé, tortionnaire/victime.
Extrait de L’anniversaire, 1958, Acte III, p.91
GOLDBERG : Attends ! (Il étire ses bras le long de ceux de son fauteuil.) Viens ici. (McCann s’avance très lentement vers lui.) Je veux ton opinion. Regarde dans ma bouche. (Il ouvre la bouche toute grande.) Regarde bien. (McCann regarde dans sa bouche.) Tu vois ce que je veux dire ? (McCann examine l’intérieur de sa bouche.) Tu veux savoir ? Je n’ai jamais perdu une dent. Pas depuis le jour de ma naissance. Rien n’a bougé. (Il se lève.) C’est pour ça que j’ai atteint ma position, McCann. Parce que j’ai toujours eu bon pied bon œil. Toute ma vie j’ai répété la même chose. Joue le jeu, joue le jeu et joue-le habilement. Honore ton père et ta mère. Sur toute la ligne. Suis la ligne, la ligne, McCann, et tu ne risques pas de te tromper. Qu’est-ce que tu crois, que je me suis fait tout seul ? Non ! Je m’asseyais où on me disait de m’asseoir. Je faisais ce qu’il fallait. L’école? Ne me parle pas de l’école. Premier en tout. Et pourquoi ? Parce que, je te le dis, je te le dis, tu suis ma ligne ? Tu suis mon esprit ? Apprends par cœur. Ne note jamais rien par écrit. Non. Et ne t’approche pas trop du bord. Et tu verras… que ce que je te dis est vrai …