A la manière de Diogène, philosophe cynique, regards sur la politique, l'université, la société.
En ce 17 avril 2008, les peuples opprimés du monde, la Martinique mais aussi tous les hommes et les femmes qui luttent pour un monde basé sur la justice sociale et le respect de la dignité humaine se trouvent orphelins avec le départ d’Aimé Césaire.
À mon tour de poser une équation :
colonisation = chosification ;
J’entends la tempête. On me parle de progrès, de vies élevées au-dessus d’eux mêmes.
Moi je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, d’institutions minées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées.
On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilomètres de routes, de canaux, de chemin de fer ?
Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan.
Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan.
Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse.
Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.
Aimé Césaire
Discours sur le colonialisme, 1950