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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 14:23

Depuis que le philosophe Alain Badiou a mis à l’ordre du jour l’hypothèse communiste, les fonctionnaires de l’Etat de l’ancien régime (les députés UMP-PS) se mettent à lire Marx ! Par exemple, Mme Aurélie Filippetti a fait beaucoup d’effort pour lire Marx, car dans son cursus de lettres classiques à l’ENS le marxisme n’était pas encore né. Elle arrive même à corriger les trotskistes : « C’est juste n’importe quoi ce que fait le NPA. Ils sont dans une dérive idéologique totale. Peut-être qu’ils devraient relire Marx : “la religion c’est l’opium du peuple’” ». Vous remarquerez l’expression « dérive idéologique totale ». Elle a lu la version stalinienne !

Le cas de Mme Nadine Morano est particulier. Son DESS d’Information ne dispense pas de cours de marxisme. Elle s’est mise à travailler toute seule. Coup réussi. « C’est une provocation d’Olivier Besancenot qui renie ses propres convictions. Marx disait que la religion était l’opium du peuple ». (Déclaration à la radio de la communauté juive, temple de la laïcité !)

Jean-Paul Huchon (ENA, cabinet Rocard) quant à lui, il n’a jamais entendu parler de Marx. Il préfère parler de laïcité. « C’est une aberration, je ne sais même pas où Olivier Besancenot a été chercher ça. C’est tellement aberrant que les gens de l’ex Ligue Communiste, le NPA, mettent sur leurs listes une jeune femme voilée alors que toute la société française, tous les républicains français, tentent en ce moment de s’élever contre le port de la burqa et d’une manière générale contre la condition qui est faite aux femmes. » (Déclaration à la radio de la communauté juive, temple de la laïcité !).

Le foulard d’une femme menace la laïcité (de Sarkozy) et la République (de Besson) ! Les écoles chrétiennes (18%) payées par les contribuables ne menacent ni la laïcité (des luttes) ni la République (du peuple).

* * *

Aurélie, libérée ne soutiendra plus Ségolène. Elle a appris la théorie marxiste. Voici maintenant la pratique. Le texte de Lénine (vous connaissez ? votre protégé Frêche l’a invité à Montpellier) a écrit un texte intitulé Socialisme et religion (3 décembre 1905). Il est réservé aux grandes écoles après le doctorat. Vous allez reconnaître, Madame, que Lénine est le rédacteur (!) de la loi de 1905 en France.

« … La religion doit être déclarée affaire privée ; c’est ainsi qu’on définit ordinairement l’attitude des socialistes à l’égard de la religion. Mais il importe de déterminer exactement la signification de ces mots, afin d’éviter tout malentendu. Nous exigeons que la religion soit une affaire privée vis-à-vis de l’État, mais nous ne pouvons en aucune façon considérer la religion comme une affaire privée en ce qui concerne notre propre Parti. L’État ne doit pas se mêler de religion, les sociétés religieuses ne doivent pas être liées au pouvoir d’État. Chacun doit être parfaitement libre de professer n’importe quelle religion ou de n’en reconnaître aucune, c’est-à-dire d’être athée, comme le sont généralement les socialistes. Aucune différence de droits civiques motivée par des croyances religieuses ne doit être tolérée. Toute mention de la confession des citoyens dans les papiers officiels doit être incontestablement supprimée. L’État ne doit accorder aucune subvention ni à l’Église ni aux associations confessionnelles ou religieuses, qui doivent devenir des associations de citoyens coreligionnaires, entièrement libres et indépendantes à l’égard du pouvoir. Seule la réalisation totale de ces revendications peut mettre fin à ce passé honteux et maudit où l’Église était asservie à l’État, les citoyens russes étant à leur tour asservis à l’Église d’État, où existaient et étaient appliquées des lois inquisitoriales moyenâgeuses (maintenues jusqu’à ce jour dans nos dispositions (égaies), qui persécutaient la croyance ou l’incroyance, violaient la conscience et faisaient dépendre les promotions et les rémunérations officielles de la distribution de tel ou tel élixir clérical. La séparation complète de l’Église et de l’État, telle est la revendication du prolétariat socialiste à l’égard de l’État et de l’Église modernes. »

Jusque là, Mme Aurélie, vous constatez, que Lénine résume la position de tous les militants européens pour un Etat laïque, inspiré des luttes en France. Et il répondra plus bas à votre question par avance. Il savait pertinemment que la social-démocratie (au sens actuel) viendrait au secours de la bourgeoisie.

« … Mais puisqu’il en est ainsi, pourquoi ne nous déclarons-nous pas athées dans notre programme ? Pourquoi n’interdisons-nous pas aux chrétiens et aux croyants l’entrée de notre Parti ? La réponse à cette question fera ressortir la différence très importante des points de vue de la démocratie bourgeoise et de la social-démocratie [nom des communistes à l’époque] sur la religion.

Notre programme est fondé tout entier sur une philosophie scientifique, rigoureusement matérialiste. Pour expliquer notre programme il est donc nécessaire d’expliquer les véritables racines historiques et économiques du brouillard religieux. Notre propagande comprend nécessairement celle de l’athéisme ; et la publication à cette fin d’une littérature scientifique que le régime autocratique et féodal a proscrite et poursuivie sévèrement jusqu’à ce jour doit devenir maintenant une des branches de l’activité de notre Parti. Nous aurons probablement à suivre le conseil qu’Engels donna un jour aux socialistes allemands : traduire et répandre parmi les masses la littérature française du XVIII° siècle athée et démystifiante.

Mais en aucun cas nous ne devons nous fourvoyer dans les abstractions idéalistes de ceux qui posent le problème religieux on termes de « raison pure », en dehors de la lutte de classe, comme font souvent les démocrates radicaux issus de la bourgeoisie. Il serait absurde de croire que, dans une société fondée sur l’oppression sans bornes et l’abrutissement des masses ouvrières, les préjugés religieux puissent être dissipés par la seule propagande. Oublier que l’oppression religieuse de l’humanité n’est que le produit et le reflet de l’oppression économique au sein de la société serait faire preuve de médiocrité bourgeoise. Ni les livres ni la propagande n’éclaireront le prolétariat s’il n’est pas éclairé par la lutte qu’il soutient lui-même contre les forces ténébreuses du capitalisme. L’unité de cette lutte réellement révolutionnaire de la classe opprimée combattant pour se créer un paradis sur la terre nous importe plus que l’unité d’opinion des prolétaires sur le paradis du ciel.

Voilà pourquoi, dans notre programme, nous ne proclamons pas et nous ne devons pas proclamer notre athéisme ; voilà pourquoi nous n’interdisons pas et ne devons pas interdire aux prolétaires, qui ont conservé tels ou tels restes de leurs anciens préjugés, de se rapprocher de notre Parti. Nous préconiserons toujours la conception scientifique du monde ; il est indispensable que nous luttions contre l’inconséquence de certains « chrétiens », mais cela ne veut pas du tout dire qu’il faille mettre la question religieuse au premier plan, place qui ne lui appartient pas ; qu’il faille laisser diviser les forces engagées dans la lutte politique et économique véritablement révolutionnaire au nom d’opinions de troisième ordre ou de chimères, qui perdent rapidement toute valeur politique et sont très vite reléguées à la chambre de débarras, par le cours même de l’évolution économique.

La bourgeoisie réactionnaire a partout eu soin d’attiser les haines religieuses - et elle commence à le faire chez nous - pour attirer de ce côté l’attention des masses et les détourner des problèmes économiques et politiques réellement fondamentaux, problèmes que résout maintenant le prolétariat russe, qui s’unit pratiquement dans sa lutte révolutionnaire. Cette politique réactionnaire de morcellement des forces prolétariennes, qui se manifeste aujourd’hui surtout par les pogromes des Cent-Noirs, trouvera peut-être demain des mesures plus subtiles. Nous lui opposerons dans tous les cas une propagande calme, ferme, patiente, qui se refuse à exciter des désaccords secondaires, la propagande de la solidarité prolétarienne et de la conception scientifique du monde.

Le prolétariat révolutionnaire finira par imposer que la religion devienne pour l’État une affaire vraiment privée. Et, dans ce régime politique débarrassé de la moisissure médiévale, le prolétariat engagera une lutte large et ouverte pour la suppression de l’esclavage économique, cause véritable de l’abêtissement religieux de l’humanité. »

* * *

Mme Aurélie, vous vous ferez un plaisir en tant que néo-marxiste désormais et députée de la classe ouvrière (pensez à votre père) de proposer la suppression des lois réactionnaires contre la laïcité :

Loi Astier (1919),

Loi du 25.12.1942 (Vichy),

Loi Marie (1951),

Loi Debré (1959),

Loi Guermeur (1977),

Loi Rocard (1984),

Loi Chevènement (1985),

Accords Lang-Cloupet (1992),

Accords Kouchner-Vatican (2008).

Sans parler de l’aumônerie de l’Ecole Normale.

 

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Published by dimitri - dans Bulletin
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