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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 15:54

En 1939 la France se préparait à célébrer le 150e anniversaire de la Révolution française. Le Figaro du 5 mai 1939 dans un article en première page sous le titre UN ANNIVERSAIRE donne le ton. Il n’y a pas besoin d’être historien pour comprendre comment les négationnistes ont préparé l’arrivée de Pétain et ont organisé la défaite. On notera également que les travaux de l’historien François Furet se résument à cet article du Figaro.

On remarquera que la ligne politique du Figaro n’a pas tellement changé.

Le Figaro, 5 Mai 1939

UN ANNIVERSAIRE

Les célébrations en l'honneur de la Révolution française commencent aujourd'hui à Versailles. La Révolution a cent cinquante ans, ce qui est un âge important, un âge suffisant, quand on est femme, pour avoir été trompée plusieurs fois. Etait-il nécessaire de célébrer cet anniversaire je n'en suis pas sur.

Cent cinquante années ne forment pas une courbe décisive dans l'histoire. Un « Cinquantenaire se légitime pour départager les témoins vieillis d'un événement et ceux qui le jugent sur ses effets ou d’après leurs inclinations. Un siècle rejette une œuvre définitivement dans l'histoire, la soustrait à tout souvenir et nous propose une objectivité d'esprit à laquelle d ailleurs nous ne souscrivons pas toujours. Mais cent cinquante ans ? Pourquoi' pas cent quarante-neuf ou cent cinquante et un ?

Il est délicat toutefois de condamner cette commémoration sans avoir l'air de céder à un préjugé politique. Et pourtant il est certain que célébrer les dates d'une révolution c'est célébrer un désordre qui peut ne pas agréer à l'ensemble d'une communauté. Un nouvel ordre est sorti de ce désordre lui être acquis n'impliqueras pourtant qu'on doive honorer tous les événements qui l'ont engendré.

Certes, nous n'avons pas oublié le mot de Clemenceau « La Révolution est un bloc » ». Le vieux jacobin affirmait dans cette formule abrupte, la nécessité d'accepter la Révolution française dans toutes ses parties, de ne pas en dissocier l'idéologie et la violence. Mais la sensibilité n'accepte pas toujours les décisions de l'impératif politique. Je ne puis oublier la confidence d'Anatole France un jour où je lui parlais de son beau roman Les Dieux ont soif pour lui en vanter l'altruisme « Que voulez-vous, me répondit-il, tandis que je l'écrivais j'étais toujours pour ceux qu'on allait tuer. » La conviction républicaine d'Anatole France n'était pourtant pas suspecte. Et puis ce genre d'anniversaire exige autant de goût que de tact.

Nous voulons croire qu'il ne donnera pas lieu à des reconstitutions trop artificielles d'événements dont il est impossible de rejoindre la grandeur, car leur grandeur fut faite d'un « présent », d'une atmosphère, d'espérances généreuses, d'illusions que les lendemains ont démenties. 1789 ce n'était que 1789 pour ceux qui l'ont vécu pour nous, il est un début dont nous connaissons les prolongements. Dans cette gerbe, nous ne pouvons pas délier les floraisons printanières des fleurs de sang qui les entourent. Au delà même d'une adhésion, comment, en outre, ne pas conserver la crainte des décors en carton, des défilés populaires et des mots épuisés. Il y a dans Benjamin Constant une petite phrase qui m'a frappé. Il a écrit un jour de lassitude à Brunswick « Je n'entends plus les mots d'humanité, de liberté, de Patrie, sans avoir envie de vomir ». Et pourtant il les aimait bien. Nous aussi, mais dans le silence.

Guermantes.

[Guermantes était le pseudonyme de l'éditorialiste du Figaro Gérard Bauer (1888 - 1967)]

 

 

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Published by dimitri - dans Bulletin
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