Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Je cherche un homme
  • Je cherche un homme
  • : A la manière de Diogène, philosophe cynique, regards sur la politique, l'université, la société.
  • Contact


Paris

Recherche

.

Archives

14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 22:49

L’île de Milos (Mélos ou Milo) est connue par la Venus de Milos volée et transportée au musée du Louvre par Dumont d’Urville dont l’amphi en son honneur (?!) à l’université de Caen me rappelle que la loi du plus fort est la meilleure.

L’opposition du Droit et de la Force, connue de tous les propagandistes de la Force dans les relations internationales (Adler, Glucksmann, BHL, …) est décrite par Thucydide dans l’Histoire de la guerre du Péloponnèse (livre V, §84-116).

On est en -416, année des Jeux Olympiques. Socrate a 54 ans, Platon en a 12. Sophocle écrit Electre et Aristophane Les oiseaux. Athènes est maître incontestable sur mer. Seulement, l’île de Milos ne veut pas faire partie de l’empire. Elle veut rester neutre. Une flotte impressionnante athénienne avec ses alliés fidèles débarque à Milos. [Imaginer un instant l’armada sophistiquée d’Israël à Gaza avec ses alliés Bush et Sarkozy-Delors !]

Thucydide, contrairement à ses habitudes d’historien, présente les négociations entre Athéniens et Miliens sous forme de dialogue resté dans l’Histoire comme le Dialogue des Miliens.

Les athéniens avec le cynisme habituel d’une grande puissance, n’ayant rien à reprocher aux Miliens, ils les accusent de … neutralité, insulte à leur force.

Les Athéniens. … nous ne soutiendrons pas que notre domination est juste, parce que nous avons défait les Mèdes ; que notre expédition contre vous a pour but de venger les torts que vous nous avez fait subir. […] Mais de votre côté, ne vous imaginez pas nous convaincre, en soutenant que c’est en qualité de colons de Lacédémone que vous avez refusé de faire campagne avec nous et que vous n’avez aucun tort envers Athènes. Il nous faut, de part et d’autre, ne pas sortir des limites des choses positives ; nous le savons et vous le savez aussi bien que nous, la justice n’entre en ligne de compte dans le raisonnement des hommes que si les forces sont égales de part et d’autre ; dans le cas contraire, les forts exercent leur pouvoir et les fables doivent leur céder.

Les Miliens. … En vous montrant impitoyables, vous risquez en cas de défaite de fournir l’exemple d’un châtiment exemplaire.

Les Athéniens. […] Nous sommes ici, comme nous allons vous le prouver, pour consolider notre empire et pour sauver votre ville. Nous voulons établir notre domination sur vous sans qu’il nous en coûte de peine et, dans notre intérêt commun, assurer votre salut. [Voir l’article du compagnon de la belle du Crazy Horse dans le Point de la semaine dernière.]

Les Miliens. Et comment pourrons-nous avoir le même intérêt, nous à devenir esclaves, vous à être les maîtres ?

Les Athéniens. Vous auriez tout intérêt à vous soumettre avant de subir les pires malheurs et nous nous aurions avantage à ne pas vous faire périr. [Raisonnement admirable ! Le prix Nobel de la paix, membre des services secrets israéliens, est de la même école de pensée que Kissinger. L’armée impériale de Peres prévient comme les Athéniens avant d’anéantir l’adversaire : « Jetez-vous à la mer avant que je vous écrase avec mes bombes à fragmentation ! »]

Les Miliens. Si nous restions tranquilles, amis plutôt qu’ennemis, sans prendre parti entre vous deux [Athéniens et Spartiates], vous n’admettriez pas cette attitude ?

Les Athéniens. Non, car votre hostilité nous fait moins de tort que votre amitié. Votre amitié aux yeux de nos sujets serait une preuve de notre faiblesse, alors que votre haine serait preuve de notre puissance.

Les Miliens. Est-ce là la conception que vos sujets se font de la chose juste ?

Les Athéniens. Oui, car ils pensent que les arguments de droit sont communs à tous, ils croient néanmoins que ceux qui conservent leur liberté le doivent à leur force. […] Ainsi en vous réduisant à l’obéissance, non seulement nous commanderons à un plus grand nombre de sujets, mais encore par votre soumission vous accroîtrez notre sûreté. […]

Les Miliens. … […] Vous renforcez ainsi vos ennemis et ceux qui n’ont jamais pensé de le devenir …


Les Athéniens. Nullement ; les peuples les plus redoutables, à notre avis, ne sont pas ceux du continent ; libres encore, il leur faudra beaucoup de temps pour se mettre en garde contre nous. Ceux que nous craignons, ce sont les insulaires indépendants comme vous l’êtes et ceux qui sont déjà irrités par les pressions nécessaires de notre hégémonie. Ce sont eux qui, en se livrant sans réserve à des espérances irréfléchies, risquent de nous précipiter avec eux dans des dangers trop visibles.

Les Miliens. Si vous-mêmes n’épargnez rien pour maintenir votre empire et si des sujets déjà esclaves font tout pour secouer votre joug, nous qui sommes libres encore, nous commettrions la lâcheté et l’ignominie de ne pas tout tenter pour éviter la servitude ? […]

Les Miliens ne cédant rien, les Athéniens ont commencé le siège. Thucydide termine ainsi son récit : « Dès lors le siège fut mené avec vigueur ; la trahison s’en mêlant, les Miliens se rendirent aux Athéniens. Ceux-ci massacrèrent tous les adultes et réduisirent en esclavage les femmes et les enfants. Ils occupèrent l’île où ils envoyèrent ensuite cinq cents colons. »

Alcibiade (Général, famille aristocratique d’Athènes, amant de Socrate) avait recommandé aux Athéniens des excès de cruauté pour faire peur aux habitants des autres îles alliées ou encore indépendantes.


Ce dialogue très puissant par l’argumentation des Athéniens montre que cette supériorité intellectuelle n’est pas fortuite. Elle est le résultat de cette révolution de l’esprit du siècle des Lumières. Or, cette grande capacité intellectuelle est utilisée pour écraser et soumettre une population innocente. On est à la fin du cycle de la démocratie à Athènes. Les arguments de la démocratie sont inversés. Il est à noter que les Miliens n’ont pas accepté que les négociateurs Athéniens parlent devant l’assemblée du peuple de Milos de peur d’être manipulés par les sophistes.

Nous sommes actuellement à la fin du cycle des Lumières (Vico, Kant, Voltaire, …) où les arguments de la démocratie conquise ont été inversés et à géométrie variable. Israël, poste avancé de la « civilisation » occidentale a le même langage que les Athéniens ; avec sa garde prétorienne coté français des sophistes (BHL (ENS), Glucksmann (ENS, CNRS !), Finkielkraut (X !!), Adler (ENS), …) dont les arguments sont le résultat du délayage des idéaux des Lumières. Faut-il supprimer l’Ecole Normale ? Est-ce la faute du bizutage des élites françaises ? Il faudra travailler davantage la conjecture de Marc Bloch.

Arafat s’est fait avoir au camp David et à Oslo comme Pétain avec Hitler au Montoire. On imagine mal une rencontre de Gaulle (sous-secrétaire d’Etat à la Défense) avec Ribbentrop. On ne négocie jamais avec l'empire (que si on a des alliés puissants). On doit préférer la liberté à la sagesse. D’ailleurs, au cours du siège de Milos les rocardiens (Mahmoud Abbas) de Milos signent un accord de pouvoir choisir leur sort. après la capitulation. Ils ont été massacrés aussi ! Les fondateurs historiques de l’Etat d’Israël savaient parfaitement que seule la violence paye. Pour se libérer des Anglais, ils ont commis des « crimes » innombrables que le Hamas ferait bien de s’en inspirer. A ma connaissance une seule fois dans l’histoire moderne un pays s’est libérée sans violence : La Finlande ; suite à la révolution d’octobre, Lénine (du parti des judéo-bolcheviques !) reconnaît l’indépendance de la Finlande tsariste …

Espoir tout de même ! j’ai vu vendredi sur FR3 l’admirable jeune ambassadeur de 92 ans, Stéphane Hessel, Juif Allemand de France (ENS, résistant, Buchenwald, rédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme en 1948) parler de l’invasion israélienne à Gaza : « En réalité, le mot qui s’applique - qui devrait s’appliquer - est celui de crime de guerre et même de crime contre l’humanité. »


Partager cet article

Repost 0
Published by dimitri - dans Bulletin
commenter cet article

commentaires