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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 16:05

Mme Pecresse projette de surveiller davantage son personnel. Elle a lancé un appel d’offre (CCP n° 2008 / 57 du 15 octobre 2008) pour « repérer les leaders d’opinion » et anticiper sur « les risques de contagion et de crise ». Autrement dit, son ministère prépare d’autres « réformes » aussi « populaires » que les précédentes et veut contrôler le processus. Je suppose que des éléments « extrémistes, communistes, socialistes, anticapitalistes, anti-impérialistes, antisémites » minent l’université et empêchent les étudiants de travailler, d’où l’échec important. Et la surveillance accrue.

Les extraits qui suivent ne sont issus ni d’un livre de science fiction ni d’un ministère d’une dictature quelconque. Il s’agit des extraits du cahier des charges de l’appel d’offre du ministère de Mme Pecresse.

Le dispositif de veille en question vise, en particulier sur Internet, à :

  • Identifier les thèmes stratégiques (pérennes, prévisibles ou émergents) 
  • Identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l’opinion 
  • Repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau 
  • Décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation 
  • Repérer les informations signifiantes (en particulier les signaux faibles) 
  • Suivre les informations signifiantes dans le temps 
  • Relever des indicateurs quantitatifs (volume des contributions, nombre de commentaires, audience, etc.) 
  • Rapprocher ces informations et les interpréter 
  • Anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise 
  • Alerter et préconiser en conséquence

Sources surveillées

La veille sur Internet portera sur les sources stratégiques en ligne : sites « commentateurs » de l’actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc. Elle portera ainsi sur les médias en ligne, les sites de syndicats, de partis politiques, les portails thématiques ou régionaux, les sites militants d’associations, de mouvements revendicatifs ou alternatifs, de leaders d’opinion. La veille portera également sur les moteurs généralistes, les forums grand public et spécialisés, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux, ainsi que sur les appels et pétitions en ligne, et sur les autres formats de diffusion (vidéos, etc.)

Les sources d’informations formelles que sont la presse écrite, les dépêches d’agences de presse, la presse professionnelle spécialisée, les débats des assemblées, les rapports publics, les baromètres, études et sondages seront également surveillées et traitées.

Les vidéos, pétitions en ligne, appels à démission, doivent être suivis avec une attention particulière et signalées en temps réel. Des éléments quantitatifs (nombre d’interventions, nombre de commentaires, mots les plus fréquemment cités) seront systématiquement inclus. L’audience et l’influence des sources et des relais seront précisées.

Des échanges réguliers entre le prestataire et le ministère pour ajuster les enjeux du moment, commenter la livraison d’une note et partager les connaissances en matière de veille auront lieu régulièrement.

La surveillance gouvernementale en France a toujours existé. La garde nationale, les renseignements généraux, les groupes paramilitaires, les mouchards, la milice, les délateurs, les sections spéciales, les collabos, les gardes champêtres, la Gendarmerie, les conseillers « techniques », … Mais pourquoi un nouveau « service de presse » qui prolonge la « revue de presse » ? Comme en Amérique il faut enrichir légalement les bureaux d’études. Mais la raison essentielle est l’existence de l’Internet. Le citoyen est sur Internet et il parle. Le plus grave, c’est qu’il communique avec d’autres citoyens. Ce que le Pouvoir craint le plus (« leur capacité à se constituer en réseau » intéresse la ministre).

La ministre, de retour des USA, doit surveiller les « socialists » (comme ils disent la-bas). Un illustre petainiste de notre milieu, Charles Jacob, grand chercheur, disait en 1940, qu’il faut combattre ceux qui sont contaminés par « le virus démocratique dont la France souffre depuis 1936 ». Madame la ministre souhaite « évaluer les risques de contagion ». Mais Madame, ne vous inquiétez pas, le virus démocratique ne se transmet pas (hélas) aussi rapidement que le chikungunya. Pas de panique. Prenez exemple sur votre modèle, l’université américaine.

Madame la ministre souhaite savoir à quelle heure la révolution se déclenchera. Elle demande d’« Alerter et préconiser en conséquence ». Ma pauvre Madame Palin française, le roi a écrit dans son agenda le 14 juillet 1789 : « rien » !

Imaginez un instant, Madame la Ministre, votre service de veille qui vous rapporte : « Ceux qui ont provoqué la grève à la Sorbonne en novembre 1940 sont les jeunes juifs, les jeunes socialo-communistes, les jeunes pourris de maçonnisme ». Et vos RG qui complètent « la manifestation du 11 novembre 1940 a été organisée par le juif apatride Francis Cohen, qui en plus diffuse clandestinement le journal L'Université Libre ». Comment vous réagissez ?

Et comment vous évaluez l’information de la même semaine du Cri du Peuple de Doriot « de ne pas confondre un certain nombre de chahuteurs sans cervelle ou de métèques avec l’immense majorité de la jeunesse parisienne » ?

Imaginez Mme la ministre, le président du CNRS que vous avez nommé (par continuité) qui vous rapporte le dimanche 10 septembre 1940 : « Je me lève à 8 heures. Pendant que je déjeune passe une compagnie d’Allemands qui défile en chantant devant le lycée Henri IV […] Tout cela est discipliné, mais lourd. On sent toute une nation commandée, hiérarchisée. L’ordre règne évidemment. Une force – et quelle force – est ainsi obtenue. Force de conquête, force pouvant assurer l’hégémonie d’une race ». Le bruit des bottes devant le lycée Henri IV ! Ces « signaux faibles » seront-ils détectables par votre service de veille ?

Surveiller, contrôler, isoler, gouverner. Un collègue spécialiste de ces questions explique : « Avec la prise en compte du suffrage comme élément de légitimation du pouvoir politique, les autorités ont essayé de mesurer « l’esprit public », transformé, à l’heure du suffrage universel, en « opinion publique ». La surveillance ne concernait donc plus seulement les acteurs situés en marge du champ politique, ceux qui le contestaient radicalement, mais aussi les électeurs qui lui conféraient sa légitimité. La surveillance, préventive, n’avait plus alors de dimension proprement sécuritaire, débouchant sur une répression, mais relevait d’une dimension politique, fondée sur le besoin de deviner les intentions de la communauté civique. »

Le 20 juin, le Conseil de mon l’université (social-démocratie fonctionnelle et amnésique) a pris un arrêté (dans l’indifférence totale) visant à réglementer l’usage des campus. En somme, il a aboli le décret impérial du 15 novembre 1811 sur la franchise universitaire. Flicage sur Internet, flicage sur le réseau, flicage sur les Campus. Que reste-t-il ? Le domicile ! C’est partiellement vrai. Mais Patriot Act arrivera pour nous protéger …

Il est notoire que les enseignants de l’université (beaucoup moins nos collègues du primaire et secondaire) est un corps docile dans son ensemble, sans esprit critique et peu enclin à la contestation. Le ministère craint surtout les étudiants et le personnel technique et administratif. Les syndicats, après Mai 68, ou bien collaborent ou bien sont enfermés dans un ghetto étanche. On peut penser que le milieu universitaire pourrait éventuellement se passer complètement de surveillance, le seul sentiment d’être observé étant susceptible d’obtenir des captifs une forme d’obéissance (Faucault). Mais à force de violer leur conscience d’une façon répétée, le corps universitaire pourrait se désagréger. Il est clair que les attaques répétées (LMD, LRU, CAPES, nouveau statut, …) commencent à réveiller les « dominés parmi les dominants » comme disait P. Bourdieu.

Des voix timides, confuses, parfois contradictoires, s’élèvent compte tenu de la non expérience en luttes après Mais 68. Les uns le CAPES (élément structurant de d’enseignement ; « ils suppriment la préparation ») les autres la loi LRU (élément structurant de la recherche ; les TSC (tout sauf faire cours), « ma recherche est mal payée »). Le ministre de l’Education a répondu déjà : « si vous êtes moins nombreux on vous paiera plus ». Le nouveau statut en préparation (charger les uns pour décharger les autres) risque probablement de fissurer la « cohésion ». C’est la tradition. Bonaparte lors de la campagne d’Italie disait à ses ruffians : « Vous n’avez pas de chaussures ? Vous en aurez des neuves en pillant les villes italiennes ». « Le châtiment est passé d’un art des sensations insupportables à une économie des droits suspendus » (dira Faucault, dans Surveiller et punir, naissance de la prison).

Un proverbe sud-américain dit que le silence des pantoufles précède toujours le bruit des bottes. Il ne faut pas s’étonner des actes de ce régime. Nous attendions Godot dans nos pantoufles (VLADIMIR : C est ce qu’on se disait. POZZO : C’est une honte, mais c’est ainsi. ESTRAGON : On n’y peut rien.)

Que faut-il faire ? C’est dur mais simple : Résister. Multiplier les blogs et le faire savoir. Utiliser également un langage codé indécelable par les automates. Surveiller les surveillants des réseaux internes aux universités. Défaire les partages des disques durs. Flatter la ministre et les gouvernants ; la politique des Fatals Flatteurs est payante surtout avec les médias de l’oligarchie.

Mon collègue instituteur Alain Refalo dans une lettre admirable intitulée « Je refuge d’obéir » (sur Internet) écrit : « Aujourd’hui, la coupe est pleine ! Le démantèlement pensé et organisé de l’Education Nationale n’est plus à démontrer tant les mesures décidées et imposées par ce gouvernement l’attestent au grand jour. » Il a tout compris. Il conclut sa longue lettre : « Si aujourd’hui je décide d’entrer en résistance et même en désobéissance, c’est par nécessité. Pour faire ce métier, il est important de le faire avec conviction et motivation. Aujourd’hui, c’est parce que je ne pourrais plus concilier liberté pédagogique, plaisir d’enseigner et esprit de responsabilité qu’il est de mon devoir de refuser d’appliquer ces mesures que je dénonce. » Il est courageux ce nouvel hussard de la République. Ai-je son courage ?


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Published by dimitri - dans Bulletin
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