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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 22:03

Un homme ne se mêlant pas de politique

mérite de passer,

non pour un citoyen paisible,

mais pour un citoyen inutile.

Thucydide, -460 ~ -395

Mes amis universitaires sont déprimés. La crise, les faillites de banques, LRU-LMD, Lehman Brothers, les subprimes, … Ils n’arrivent plus à expliquer le monde.

Jadis, ils étaient marxisants. Fardeau lourd à porter, car il faut argumenter à chaque instant et comme vous le savez nous n’avons pas le temps.  Exit le marxisme soft.

Ils sont devenus socialistes. Blair et compagnie leur a cassé la baraque. Ils préfèrent s’appeler désormais sociaux-démocrates. Mais, hélas, pas de penseurs, pas de grands noms, pas de billes pour les soirées d’hiver sans film à la télé. Barre est parti avec Papon sous les bras, Rocard est parti chez le petit bonaparte. Et Kausky n'est plus enseigné à SciencesPo.

A l’Ecole normale on élabore de nouveaux concepts pour cela. Une nouvelle conjecture est née : « L’avenir du socialisme est libéral ! ». Marque déposée par Mme Canto-Sperber, directrice de l’ENS-ULM et animatrice de la bibliothèque Médicis. Certes, le socialisme est libéral comme tout le reste, mais chaque jour est un nouveau jour. Le socialisme a disparu en cours de route faute de clients. Le marché ne l’aime pas trop. Il ne reste plus que libéral.

Les sociaux-libéraux. C’est mieux. Appelez-moi social-libéral, mais attention ; toujours avec le préfixe « social ». Le bas on l’enlèvera à la prochaine crise.

Nos (sociaux-)libéraux fatigués et réduits au RSA intellectuel se retournent vers les vieux staliniens :

« Que dit Marx a propos de la crise ? ».

Ah !, ces collègues sympathiques dont l’esprit critique est incommensurable. Ca donne envie d’adopter un socialiste dans les orphelinats. Ne dites pas à ma mère que je travaille à l’université ; elle me croit pianiste dans un bordel !

Allons-y. Venons au secours des âmes en détresse. Aidons la veuve et l'orphelin.

Ludwig van Beethoven l’avait compris. Il fallait en finir avec le vieux monde où dieux et rois étaient au centre. Son 16e quatuor en témoigne. « Le faut-il ? Il le faut ! » écrit-il sur sa partition. Il fallait une rupture. Le révolutionnaire romantique passe le relais au révolutionnaire réaliste Gustave Courbet. En 1851, il crée les Casseurs de pierres, « la première peinture socialiste ».

Entre-temps, en 1848, il y a exactement 160 ans, Karl Marx publie Le manifeste du parti communiste. Le point 5 de son programme donne une réponse à ceux qui souhaitent en finir avec l’économie-casino du libéralisme. Il est intéressant de citer les dix points du programme afin d’éloigner le plus loin possible les libéraux.

« … pour les pays les plus avancés, les mesures suivantes pourront assez généralement être mises en application :

1.   Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’Etat.

2. Impôt fortement progressif.

3.  Abolition de l’héritage.

4. Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles.

5. Centralisation du crédit entre les mains de l’Etat, au moyen d’une banque nationale, dont le capital appartiendra à l’Etat et qui jouira d’un monopole exclusif.

6.  Centralisation entre les mains de l’Etat de tous les moyens de transport.

7. Multiplication des manufactures nationales et des instruments de production; défrichement des terrains incultes et amélioration des terres cultivées, d’après un plan d’ensemble.

8.  Travail obligatoire pour tous ; organisation d’armées industrielles, particulièrement pour l’agriculture.

9.  Combinaison du travail agricole et du travail industriel; mesures tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville et la campagne.

10. Education publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du travail des enfants dans les fabriques tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. Combinaison de l’éducation avec la production matérielle, etc. »

Mes amis, pour sauver actions et autres produits financiers, sont prêts à tout sauf à l’application du point 3. La jurisprudence Strauss-Kahn (HEC, Paris X, FMI) est toujours en vigueur. Il faut déclarer hors jeu ceux qui n’ont à transmettre ni patrimoine immobilier, ni actifs financiers, ni « attachement à l’économie de marché ». « Du groupe le plus défavorisé, on ne peut malheureusement pas toujours attendre une participation sereine à une démocratie parlementaire. Non pas qu’il se désintéresse de l’Histoire, mais ses irruptions s’y manifestent parfois dans la violence. »

Le grand journaliste de Lagardère's Team, Claude Askolovitch, directeur du Journal du Dimanche, journal politique de premier plan, dans un sondage scientifique nous montre que le professeur DSK est LE recours en cas de crise prolongée et non souhaitée du meilleur système économique du monde.

En attendant son retour, laissons Marx conclure :

« Une partie de la bourgeoisie cherche à porter remède aux anomalies sociales, afin de consolider la société bourgeoise.

Dans cette catégorie, se rangent les économistes, les philanthropes, les humanitaires, les gens qui s’occupent d’améliorer le sort de la classe ouvrière, d’organiser la bienfaisance, de protéger les animaux, de fonder des sociétés de tempérance, bref, les réformateurs en chambre de tout acabit. Et l’on est allé jusqu’à élaborer ce socialisme bourgeois en systèmes complets …

… Le socialisme bourgeois n’atteint son expression adéquate que lorsqu’il devient une simple figure de rhétorique.

Le libre-échange, dans l’intérêt de la classe ouvrière ! Des droits protecteurs, dans l’intérêt de la classe ouvrière ! Des prisons cellulaires, dans l’intérêt de la classe ouvrière ! Voilà le dernier mot du socialisme bourgeois, le seul qu’il ait dit sérieusement.

Car le socialisme bourgeois tient tout entier dans cette affirmation que les bourgeois sont des bourgeois - dans l’intérêt de la classe ouvrière. »

Malheur aux vainqueurs. Ils n’ont jamais pu créer une civilisation.

 

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Published by dimitri - dans Bulletin
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