Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Je cherche un homme
  • Je cherche un homme
  • : A la manière de Diogène, philosophe cynique, regards sur la politique, l'université, la société.
  • Contact


Paris

Recherche

.

Archives

30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 08:00

Ce texte a été envoyé aux collègues mathématiciens de mon université. Il tente une autre description de la grève des étudiants suite à la Loi Sarkozy-Pécresse-Julliard dans un contexte de pétainisation de l'université (complicité passive, politique de dépolitisation, absence d'esprit critique, recherche de boucs-émissaires, apathie coupable, ...)

 

Suite à la révolte des quartiers populaires (2005), la lutte contre le CPE (printemps 2006), cette année un mouvement d'étudiants, massif, refusant tout contrôle syndical (le monde ancien compromis) s'oppose à la macdonalisation-américanisation de l'Université. Comme dans tout mouvement de masse sans direction solide deux tendances ont apparues : les totos (l'extrême gauche a-historique) et les collabos (l'UNEF, principale force officielle à l'université). La situation est très difficile. La presse nationale aux mains de marchands d'armes et les banquiers, un président bonapartiste nouvellement élu qui veut éliminer toute trace du programme du Conseil national de la Résistance, une "opposition" politique complice (PS), une opposition de gauche inaudible, une extrême gauche active.

 

Le milieu universitaire est hostile. Les plus extrémistes se voient déjà managers (bureaucratie américaine ; les oisifs qui cherchent de l'argent) ou nouveaux mandarins (dispense de cours, voyages "d'études", "esclaves" à disposer, distinctions au "mérite", "doublement du salaire, car je le vaux bien", ...). La grande masse regarde passer les trains ; elle prendra la position du vainqueur.

  L'issue du mouvement est incertaine. Se battre contre Sarkozy en éliminant les totos et les collabos est une tâche prométhéenne.  Paul Nizan disait que « L’homme n’a jamais rien produit qui témoignât en sa faveur que des actes de colère : son rêve le plus singulier est sa principale grandeur, renverser l’irréversible ».

 

Cette réforme, je l’avais promise, je l’ai tenue

Et si on pensait à Noël …

I. Université, lieu du Savoir

La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne.

La pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.

Ici, nous avons réuni théorie et pratique : Rien ne fonctionne … et personne ne sait pourquoi !

Albert Einstein

L’ex présidente de l’université de Caen, théoricienne du libéralisme, connaissait parfaitement les raisons qui déclenchent le chaos suite aux agitations des étudiants manipulés par les ultras [1]. Pourtant, rien n’a fonctionné lors du CPE (mars-avril 2006). Nous avons changé de présidente.

 

Cette année avec la loi Sarkozy-Pécresse du 10 août, dite LRU, nous avons tout repensé. La nouvelle présidente, d’après une longue expérience et pratique IUT, n’a pas cherché des armes de destruction massive dans le campus, elle n’a pas assigné les étudiants en justice, elle n’a pas culpabilisé les enseignants, elle n’a pas organisé de vote-bidon, elle n’a pas favorisé l’affrontement, elle n’a pas délocalisé le Conseil à l’abbaye d’Ardenne à Saint Germain la Blanche Herbe. Tout a été pratiquement fait avec bon sens, « en dehors de toute idéologie », pour calmer le jeu et faire revenir nos étudiants dans les salles de cours. « Nous comprenons même les inquiétudes de nos étudiants. » Pourtant, rien ne fonctionne et personne ne sait pourquoi ! Les étudiants continuent la grève « qui porte préjudice à leur carrière ».

 

Rendons hommage au Monde, notre journal de référence, qui a pris en charge, cette année, tout le travail idéologique sur cette réforme [2] que le candidat de coeur a fait don à la Nation. Nous nous sommes seulement occupé des problèmes techniques sur le Campus. Mais le journal vespéral des marchés s’est permis de poser la question qui fâche : « pourquoi les étudiants se sont-ils laissé faire ? Pourquoi est-on passé en quelques jours, comme sur le site parisien de Tolbiac, de vingt-cinq « gauchistes » estampillés à un amphi bondé ? Et pourquoi le même processus s’est-il reproduit dans toute la France, qui, même étudiante, n’est pas d’extrême gauche ? » (Le Monde, 22.11.07) [3]

 

Et oui, pourquoi ? Vingt-cinq « gauchistes » estampillés ! Quelle puissance de nuisance !! Mais, que fait la police ? Et les RG stationnés devant l’IUT ? Et l’Occident ?

Certains vous diront « c’est variable d’une UFR à l’autre », autrement dit tout dépend de la politique de chaque UFR localement. Allons y voir.

 

II. Bouvard et Pécuchet chez les grévistes

 

François Bouvard et Juste Pécuchet déçus profondément par les théories de la présidente précédente, partent valider le contenu des enseignements de Statuta et consuetudines NormannieCette idée que ce qui prime est le lien d’homme à homme, de vassal à seigneur, avec comme contrepartie le fief, qui est à la fois le gage, le moyen d’action et, au départ, la récompense du vassal. » ).

 

Bouvard était surpris par le contraste des choses qui l’entouraient avec celles que l’on disait car il semble toujours que les paroles doivent correspondre aux milieux, et que les hauts plafonds soient faits pour les grandes pensées de l’institution universitaire. « Tous les livres ne valant pas une observation personnelle », ils veulent juger sur pièces, pourquoi les étudiants manifestent.

 

Ils entrent dans l’amphi 500 sur la route de Chavignoles.

- Votre vote précédent pour le blocage est contestable et contesté ! (les étudiants de la gauche ultra protestent en se levant « Pétain reviens, t’as oublié tes chiens. »)

 

- Même voté par une AG, un blocage est illégal ! Le code de l’éducation, article 811-1 est dénué d’ambiguïté. (murmures aux bancs de l’UNEF)

 

- La direction seule est juge des dangers de la grève ; répandue trop largement, elle inspire aux étudiants des ambitions funestes. (Applaudissements sur les bancs de l’Union Nationale des Imbéciles.)

 

Un sage collègue, sacrifiant quelques nouvelles découvertes, fidèle à l’appel du directeur, apparaît en haut de l’amphi. Mathématicien et dilettante, jouant des valses sur le piano, et admirateur de Piem, il se distingue par un scepticisme de bon goût ; il vante le Progrès, bien qu’il méprise tout ce qui n’est pas du cercle de la raison ou sorti de l’École Normale. Il commente désabusé, à peine visible derrière un poteau de l’amphi moderne.

 

- Ils étaient plus heureux, ces pauvres étudiants, quand les seigneurs et les évêques tempéraient l’absolutisme du pouvoir gaulliste. Les ultras maintenant les exploitent. Ils vont tomber en esclavage !

 

- Il faut rétablir l’obéissance. L’autorité se meurt, si on la discute ! Le droit divin, il n’y a que ça !

 

- Parfaitement, monsieur le professeur !

Un vieux prof normand s’en mêle :

 

- L’autorité universitaire est incontestable.

 

- Mais si le directeur est un idiot ?

 

- N’importe, dit le sous-directeur, son pouvoir n’en est pas moins absolu.

 

- Dans l’intérêt des étudiants, ajouta le directeur. Mais revenons à notre discussion. Moi aussi je suis contre la loi LRU. Enfin, certains articles … par exemple l’article 102 … (Menteur !, il n’y a que 51 articles !)

 

- Je peux vous dire que la CPU s’engage également, dans toutes les universités, à ce que dans la révision des statuts, on conserve la collégialité et la démocratie interne, et à faire en sorte que les personnels et les étudiants soient pleinement associés dans un débat de fond sur la mise en place de la loi sur l’autonomie des universités.

 

(Les bons étudiants applaudissent débout, ceux de la banlieue francophone tapent sur les bancs comme des singes.)

 

- Si vous arrêtez la grève, je vous propose deux demi-journées banalisées pour en débattre.

- On ne peut pas débattre d’une Loi qui est déjà promulguée !

L’amphi s’enflamme …

- … les décrets d’application … Le pôle normand a besoin de …

[Lorsque Flaubert écrivait ces lignes, il ignorait que Courbet avait mis un chien au premier plan de son Ornans. « Il faut encanailler l’art ! » Il existe des Maîtres ignorants.] Du haut de l’amphi une voix de Stentor :

- Enculé !

On vota. 232 pour la reprise des cours LMD, 258 contre.

Bouvard songeait : « Hein, le Progrès, quelle blague ! » Il ajouta : « Et la Politique, une belle saleté ! »

« Ce n’est pas une science » reprit Pécuchet. « L’art militaire vaut mieux, on prévoit ce qui arrive. Nous devrions nous y mettre ? ».

Ici, nous avons réuni théorie et pratique : Rien ne fonctionne … et personne ne sait pourquoi, disait Albert.

III. La commedia dell’arte exige des acteurs professionnels

Pour combattre l’échec, Il faut faire davantage de cours, augmenter le volume d’heures !

Valérie Pécresse, ministre des Universités, Vendredi 23 novembre

[Le texte suivant a été publié dans le bulletin « Je cherche un homme » le 17 décembre 2003. Je m’opposais au charcutage des enseignements, à la baisse organisée du niveau et à l’appauvrissement des études. Les seigneurs et prêtres de l’époque avaient tranché si profondément dans la chair au point que cette année des collègues se trouvèrent au chômage technique faute d’enseignements. Il a fallu recréer une Antenne pour 6 étudiants afin d’y remédier ! Pourtant, même Bouvard et Pécuchet, qui habitaient pas loin de Caen, à Chavignoles, se méfiaient : « les corps simples sont peut-être composés ».]

 

Le théâtre de l’absurde se place sur le plan illogique et irrationnel. Les situations sont grotesques. Les contradictions y sont apparentes. Les personnages immobiles, gesticulent, improvisent avec des mots clairs mais incompréhensibles. Ils discutent mais ne communiquent pas. Le couple Vladimir/Estragon ne peut tolérer ni la présence ni l’absence de l’autre. Le couple Pozzo/Lucky l’éternel maître/esclave fait partie du paysage tranquille. Les échanges rudimentaires leur permettent de continuer à vivre.

 

Scène 1

 

- Pourquoi avez-vous diminué le volume horaire enseigné aux étudiants ?

 

- C’est le ministère qui nous l’a demandé !

 

- Pouvez-vous me donner la source de cette importante information ? Une loi ? un décret ? une circulaire ? une directive ?

 

- ?! … tu nous emmerdes !

Commentaire. Il ne faut jamais poser des questions qui fâchent. Il ne faut jamais faire perdre la face à quelqu’un d’un courant dominant. L’exclusion est immédiate. La dialectique socratique n’est pas valable en milieu éclairé.

Scène 2

- C’est monsieur D. qui a ordonné la diminution du nombre d’heures, une cinquantaine.

- Il a ordonné ?

- Enfin, il a … suggéré.

- Et alors, vous avez accepté ?

- Bien sûr, puisque nous étions d’accord.

- Tous ?

- Ceux qui n’étaient pas d’accord, n’étaient pas invités !

- En somme, la majorité était d’accord pour la diminution ?

- La question ne s’est jamais posée en ces termes …

Commentaire. Ne pas chercher toujours à expliquer les choses par la théorie du complot. La convergence d’idées spontanément est une caractéristique de tout milieu où le « non dit« est la seule loi bien comprise et acceptée. Les récompenses et la considération sociale en assure le bon fonctionnement.

Scène 3

- Le niveau des étudiants est bas, de plus en plus.

 

- C’est grave, mais pourquoi ?

 

- Au lycée, il y a moins de maths en volume et horaire.

 

- Lorsque ces élèves arrivent à l’université vous faites quoi pour remédier à leur niveau médiocre ?

 

- Nous avons diminué le volume d’heures !

 

Commentaire. H. Pinter décrit bien la violence de la petite bourgeoisie qui se dissimule sous un vernis de sérénité.

 

Scène 4

 

- Au lycée, le volume de maths (algèbre, analyse, géométrie) a diminué. Pourquoi vous accentuez la tendance au premier cycle de l’université au lieu de la corriger ?

 

- Pour préserver notre troisième cycle !

 

- Comment ?

 

- Il faut un troisième cycle fort, sinon le pôle normand risque de disparaître.

 

- Comment alimenter le 3e cycle alors que le socle du premier cycle se fragilise de plus en plus ?

 

- Nous attachons une importance particulière à un noyau de 20-30 étudiants du premier cycle ; les meilleurs !

 

- Et les autres ?

- Ils n’ont qu’à travailler !

- Parce qu’ils ne travaillent pas ?

- Pas du tout ! Ils jouent au game boy, ils regardent trop la télé et courent après les filles.

Commentaire. Osez en faire ! Vous êtes laminés !

Scène 5

- L’exception française veut que les normaliens et assimilés occupent les places de commandement [surtout lorsqu’il s’agit de postes honorifiques].

- Comment se fait-il ?

- Ils ont un très bon niveau de connaissances, un cursus rigoureux et bien dense et des conditions idéales.

- C’est-à-dire ?

- Les classes préparatoires travaillent 36 semaines par an (contre 24-26 à l’université) à raison de 35h par semaine (contre 22h à l’université). D’autre part, lorsqu’ils obtiennent le concours, ils ont un salaire de 1433,53 € pour étudier et les années d’études comptent pour la retraite.

- Pourquoi ne fait-on pas pareil à l’université ?

- Je ne discute pas avec des gens comme vous ! Populiste, communiste, anarchiste !

Commentaire. La petite bourgeoisie éclairée est parfois consciente de ses contradictions mais elle en reste prisonnière.

IV. De quoi Sarkozy est-il le nom ?

Si l’histoire ne sert pas à prendre parti dans le présent,

on peut se demander à quoi elle sert.

Pierre Vidal-Naquet

L’économiste Friedrich Hayek, professeur autrichien qui a inspiré les gouvernements de Pinochet, Reagan et Thatcher, proposait déjà en 1960, de « déréglementer, privatiser, réduire et simplifier les programmes de sécurité sociale, diminuer la protection contre le chômage, supprimer les programmes de subvention au logement et le contrôle des loyers, abolir le contrôle des prix et de la production dans l’agriculture, réduire le pouvoir syndical ».

En octobre 2004, dans le cadre de préparation du programme du candidat N. Sarkozy, une commission d’experts dirigée par M. Camdessus rend son rapport (accessible au site de la Documentation Française). Dans cette commission participait Mme Nicole Le Querler, ex-présidente de l’université de Caen-Basse-Normandie.

Voici quelques éléments de la pensée « apolitique » de l’ex présidente de l’université de Caen. On remarquera l’application scrupuleuse par le président N. Sarkozy des mesures préconisées par la commission.

1.     « Pour favoriser l'emploi et l'inclusion sociale, il faut accepter la suppression des emplois lorsqu'elle s'avère indispensable » (p. 93) ;

2.     « travailler plus » (p.85) ; (la commission ne proposait pas « pour gagner plus » !)

3.     « travailler plus longtemps » (p.86) ;

4.     supprimer le contrat de travail à durée indéterminée ;

5.     ne plus augmenter le SMIC ;

6.     « supprimer les réglementations qui visent essentiellement à protéger des situations acquises » (p110) ;

7.     baisser drastiquement le nombre de fonctionnaires (p.127), en particulier des enseignants ; ...

8.     La France pourrait compter davantage de valets de chambre, de chauffeurs de taxi, de cireurs, de coiffeurs, de blanchisseuses, de gardes-malades, de caissières de supermarché, de veilleurs de nuit, de marchands de glaces. Ces tâches « qui, par nature, échappent à la concurrence internationale et ne sont pas ' délocalisables ' » (p. 34) constitueraient même « un gisement énorme ». « Si la France affichait les mêmes taux d'emploi dans les secteurs de l'hôtellerie-restauration et du commerce que les Etats-Unis, nous aurions 3,2 millions d'emplois supplémentaires. » (p. 41). Mais attention, « Cela implique un changement profond de certaines de nos réglementations économiques et sociales. Mais aussi une évolution « culturelle », tant ces emplois sont parfois considérés comme peu désirables et peu valorisants. »


En clair, si les mentalités des parents évoluent culturellement (TF1 s’y emploie déjà), avec une licence LMD (permis à points) dans la poche, l’étudiant pourra prétendre à un emploi non délocalisable désirable et valorisant. Marchand de glaces ? [4]

 


Ces contre-réformes sont planifiées de longue date. Christian Morrisson, professeur émérite à Paris I, ENS 1957, les résume parfaitement (dans Cahier OCDE 13) :

« … On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population ».

En 2003, un certain Ferry (de l’université de Caen !) a essayé de faire passer la même loi (loi de modernisation des universités). Dans notre université, « 580 ‘oui’ sur 25 000 étudiants » ont suffit pour contribuer au retrait du projet. La présidente de l’université triste et rancunière déclarait : « les méthodes employées par certains grévistes, on les a déjà vues dans certains pays où je n’aurai pas voulu vivre…» Elle a échoué ; elle n’a pas su éliminer les bolcheviques déguisés en étudiants dans notre université. Pourtant, elle avait toutes les qualités requises. « Une femme, une tête, une doctrine ! » [5] Il faut l’avouer ; elle n’a pas été à la hauteur de son prédécesseur R. Apèry (1916-1994) qui a été décoré par le président G. Pompidou pour « avoir chassé les gauchistes de l’université » en mai 68.

 

On recommence en 2007 par des gros mots. « La privatisation n’est pas dans la Loi LRU ! » Faut-il prendre la peine de répondre ? [6] Celui qui veut faire son apprentissage, il peut le faire. Mais il perd son temps. Le pouvoir « a promis la loi ; il la passera ! » L’étudiant qui discutera dans les « demi-journées banalisées » perdra son temps mais surtout ses examens ! « Je suis inquiète pour la réussite des étudiants, je suis inquiète pour les examens », a déclaré notre ministre devant le curé de la paroisse de Versailles.

 

Nous pouvons toujours manipuler les étudiants à la manière du Maréchal. Peine perdue. Déjà les lycéens en octobre 1998 scandaient : « La connaissance est une arme. Dommage pour toi, Allègre, on le sait. » Effectivement, la jeunesse commence à comprendre que la contre-réforme a comme objectif la macdonalisation de l’université. Le lutte contre le CPE leur a enseigné que la flexibilité et la précarisation les guettaient.

 

Albert Rivaud, membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne, ministre de l’Education du Maréchal résume le programme de « rupture » :

« Aujourd’hui, quand la résurrection commence, le Maréchal montre encore 1a voie. II pense à l’avenir, à la jeunesse, à l’éducation qu’elle recevra demain. Il définit les principes avec une admirable sûreté. Tout commentaire est inutile sur un texte dont tous les mots sont chargés de sens. Il reste à traduire les principes en actes, à vaincre les routines qu’il condamne sans appel. Il y faudra du temps et des efforts. Mais on peut imaginer sans peine les grandes lignes d’une réforme qui doit être entreprise sans retard, parce que tout le reste en dépend.

 

Puissent les maîtres d’hier appelés à collaborer au relèvement, les maîtres nouveaux que l’on va désigner, ne pas oublier ces simples vérités. L’appel magnifique de M. le Maréchal Pétain resterait vain, si le peuple français qu’il doit réveiller, se refusait à l’entendre et laissait le champ libre à ceux qui demeurent attachés aux erreurs passées.

 

 … Nous nous attacherons à détruire le funeste prestige d’une pseudo-culture purement livresque, conseillère de paresse et génératrice d’inutilités.

 

Et nous n’hésiterons pas à y appeler comme animateurs, aux côtés de la hiérarchie universitaire, les chercheurs originaux qui auront fait leurs preuves dans telle ou telle branche de la découverte.

 

… Nous favoriserons, entre nos savants et nos industriels, une coopération féconde et, sans abaisser le niveau de notre enseignement supérieur, nous nous efforcerons d’orienter dans un sens plus réaliste la formation de nos ingénieurs, de nos médecins, de nos magistrats, de nos professeurs eux-mêmes …

 

La vie n’est pas neutre ; elle consiste à prendre parti hardiment. Il n’y a pas de neutralité possible

 

entre la France et l’Anti-France. »

Le discours pétainiste est mis à jour par l’ancien n° 2 et idéologue en chef du MEDEF Denis Kessler dans un texte à Challenge le 4 octobre 2007. Sous le titre ADIEU 1945, RACCROCHONS NOTRE PAYS AU MONDE ! on reconnaîtra le style de Robert Brasillach :

« Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.

 

Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…

 

A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

Dans ce marécage nauséabond de la société du Fouquet’s « tout courage est le courage de ne pas être pétainiste ».


25 novembre 2007

 

 

Notes

[1] Ultras. Synonyme d’extrême gauche, bolchéviques, jusqu’auboutistes. Apparu pour la première fois dans le Figaro en 2007.

 

[2] Réforme. Terme utilisé par les journaux pour designer une contre-réforme et le retour au passé. La Réforme est le mouvement qui veut ramener le capitalisme à sa forme primitive. Le Robert renvoie au mot Menchevik. Celui qui n’est pas réformiste fait partie du « front du refus » . Réforme ou naufrage est le titre d’un article récent d’un universitaire paru dans le journal des universitaires.

 

[3] Le Monde sermonne l’UNEF : « Après avoir donné son aval à la loi, la rejette aujourd’hui au point de sembler cautionner le mot d’ordre d’abrogation. » Quelle belle désinformation et ruse subtile ! Les délégués UNEF n’ont pas voté le mot d’ordre d’abrogation à la coordination nationale de Tours (17 novembre). Le « contrat » passé était d’en finir avec la grève avant le départ de Sarkozy en Chine (Georges Pompidou est rentré précipitamment de son voyage en Afghanistan en mai 68 !). Un petit retard explicable par la mauvaise coordination des appareils de propagande et la sous-évaluation de la capacité de résistance du mouvement étudiant. Finalement, l’UNEF a quitté la coordination nationale de Lille le samedi 24 novembre 2007 avec quelques jours de retard sur le programme prévu ! « L’Unef refuse de cautionner cette ambiance très tendue et très violente à la fois vis-à-vis des délégations des étudiants et de la presse ».

 

Parisien.JPGll était temps de penser à autre chose. Le Parisien de ce matin nous y invite. J’ai pensé à Noël 1943. Le rapport de synthèse des préfets du Maréchal Pétain, chef d'Etat, élu démocratiquement, notait : « L’opinion publique suit avec un grand intérêt la lutte entreprise contre le terrorisme et souhaite ardemment voir disparaître le climat de guerre civile … L’adhésion toutefois n’est pas sans réticence … L’état d’esprit du personnel de l’éducation nationale demeure en général excellent … Les professeurs ne protestent pas contre le relèvement des traitements des instituteurs, mais ils estiment que leur nouveau classement marque une régression dans la hiérarchie de l’université. » Un autre rapport de synthèse vers Noël 1942 est plus alarmant : « Les événements du front russe créent, surtout dans les milieux bourgeois et paysans, une inquiétude à la pensée qu’une vague bolcheviste pourrait déferler un jour sur une Europe affaiblie.  » (Source : CNRS)

 

[4] Le Collectif de Chercheurs Précaires et Solidaires de l’Université de Caen s’inquiète que « cette mise en concurrence généralisée organise, à terme, la baisse de la diversité des enseignements et des recherches présents dans chaque université, et l’augmentation des inégalités entre acteurs de l’université ». « Nous sommes solidaires avec le mouvement étudiant dans sa lutte contre la casse du service public d’éducation, et plus largement dans la lutte contre la libéralisation systématique de tous les secteurs de la vie sociale. »

 

[5] J’ai emprunté la formule « Un homme, une tête, une doctrine ! » à Marc Bloch. Il parlait ainsi du ministre de l’éducation nationale de Vichy, Albert Rivaud, membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne. (Les Cahiers politiques, organe clandestin du Comité général d’études de la Résistance.)

 

[6] Les universités peuvent transférer à des fondations de droit privé leurs biens. Les étudiants et les personnels ne sont pas nécessairement représentés au conseil de gestion : ils perdent un droit de contrôle sur des décisions financières importantes. Elles sont financées par le « mécénat » privé, qui lui, sera représenté au conseil de gestion. Les fondations peuvent également recevoir les actions et obligations ; elles deviennent donc actionnaires d’entreprises privées et dépendantes de leurs résultats. Les universités auront de publique que le nom.

 

Un autre argument de « bon sens » de la maréchaussée universitaire décomplexée est celui qui prétend que « plus les fondations sont riches, plus les frais d’inscriptions sont bas ». C’est simple. Hélas, dans la vraie vie les choses se passent autrement. Les frais d’inscription à Harvard (dotation de 25.000.000.000€, 400.000.000€ d’intérêt par an) et Stanford sont de 25.000€, à Berkeley 20.000€ (pour les étrangers) et dans nos écoles de commerce privées les frais dépassent les 5.000€. Faut-il continuer les explications « techniques » d’une « loi technique » comme dit si bien le journal d’Alain Minc ?

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by dimitri - dans Bulletin
commenter cet article

commentaires