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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 08:28

 

Pierre Encrevé, linguiste, répond dans Libération sur une question concernant la nouvelle bourgeoise en cours de rodage.

 

Libération. Quand Fadela Amara dit «dégueulasse», perpétue-t-elle le parler banlieue ou bien adopte-t-elle le parler Sarkozy ?

 

Pierre Encrevé. Elle tient son rôle. Faites une expérience mentale. Imaginez que Rachida Dati en sortant d’une visite de prison, l’autre jour, ait dit « C’est dégueulasse ! » et que Fadela Amara, elle, ait dit des tests ADN qu’ « ils ne font pas honneur à la France » : le gouvernement serait en danger ! Avant sa visite aux prisons Rachida Dati partageait les vacances américaines du Président, et après les prisons elle a dû visiter les défilés de haute couture : elle représente le rêve d’intégration à la française. Elle doit donc parler la langue des politiques issus de la bourgeoisie, auxquels elle doit tendre constamment à ressembler en tout.

 

Fadela Amara tient, dans l’excellent casting des spécialistes élyséens, le rôle symétriquement opposé : elle doit représenter la banlieue pour tenter de la réconcilier avec le Président, en délicatesse avec elle pour cause de «Kärcher» et «racaille». Elle doit donc avant tout conserver des marques apparentes de sa différence originaire avec les «bourges» qu’elle côtoie au gouvernement. Le mot «dégueulasse» n’appartient pas spécifiquement à la banlieue mais aussi bien au français familier de chacun de nous, et bien des politiques l’emploient publiquement à l’occasion, en l’accompagnant d’un « passez-moi l’expression », qui dans la bouche de Fadela Amara aurait bien déçu le Président. Ce n’est pas du parler Sarkozy, c’est de la division du travail. Et Devedjian fait aussi le sien en feignant de s’en scandaliser, légitimant avec soin Fadela Amara comme insoumise tout en réconfortant les électeurs lepénistes.

 

[La bourgeoisie religieuse de province n'aime pas le vocabulaire quotidien du peuple. Mme Royal critique Fadela Amara. « Un ministre de la République doit veiller à s'exprimer de façon respectueuse et en bon français », a-t-elle affirmé.

 

Mme la marquise de Poitou, la nouvelle vague française a commencé par bousculer le langage. Dans A bout de souffle J.-P. Belmondo lance «  tu es une dégueulasse ». «  C'est quoi dégueulasse ? », se demande l'étrangère Jean Seberg. Toute une symbolique !]

 
 

 

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Published by dimitri - dans Bulletin
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